Du passage de la photo argentique
à la photo numérique

 

Il y a quatre ans, ce bulletin tentait de faire un point de situation sur le numérique.
Depuis la situation a fortement évoluée : le numérique s'est imposé tant pour les amateurs que pour les professionnels. Le prix moyen d'un appareil numérique est passé de 736 € en 2001 à 350 € en 2004, dans la même période, le capteur de cet appareil est passé lui de moins de 1 millions de pixels à plus de 3 (source Capital dec 2003).
Si certains points évoqués il y a quatre ans demeurent actuels, d'autres n'ont plus lieu d'être ou nécessitent une actualisation.
Ce bulletin indique les nouvelles possibilités mais aussi les changements de comportements, les nouvelles règles et contraintes liés au passage à l'ére numérique.
Ce bulletin essaie de traiter de la photographie numériques, indépendamment de l'évolution des appareils eux-mêmes.

1 Les défauts techniques de jeunesse des appareils photo numériques.

Les appareils numériques actuels (septembre 2004) ont des capteurs CCD dont la sensibilité varie de 3,3 millions de pixels pour les appareils grand public a 14 millions de pixels pour les reflex professionnels. La définition est d'ores et déjà supérieure au film 24 x 36 et suffisante pour tous les besoins, de la photographie familiale, de studio ou de reportage.
Parmi les progrès réalisés depuis quatre ans :

  1. La consommation électrique est maintenant maîtrisée sur la plupart des modèles grace à l'emploi de batteries propriétaires et/ou d'accus rechargeables. La consommation électrique des modèles a aussi été fortement améliorée.
  2. A capacité égale, le prix des supports de stockage a été divisé en moyenne par quatre en quatre ans. De nouvelles cartes dépassant le Giga octet ont fait leur apparition complétées par des systèmes de sauvegarde autonomes, disques durs de 20 à 40 giga.

Les défauts qui subsistent sur les modèles actuels sont :

  1. Les supports de stockage restent non normalisés : SmartMédia (en voie de disparition), SD, MM, CompactFlash (type I et II), xD-Picture Card™ ou MemoryStick (simple, duo Pro).
  2. L'obligation de posséder un micro-ordinateur pour stocker, traiter, archiver les images. Les temps de transfert entre micro-ordinateur et appareil numérique restent souvent élevé. Certains périphériques, bornes d'accès, imprimantes permettent de se passer partiellement de micro-ordinateur.

2 Une nouvelle façon d'aborder l'environnement : visée reflex et visée claire

Comme l'indiquait la revue "Chasseur d'Images", dans son numéro d'avril 2000, à propos de la visée directe (type Leica M) : 'le photographe ne se cache pas derrière son appareil. La communication avec les personnes photographiées est plus facile et il suffit d'ouvrir 1'oeil gauche tout en visant pour apprécier la scène dans son ensemble.'
Les inconvénients de la visée directe sur un appareil argentique : 'imprécision du cadrage, image partiellement obstruée par l'objectif, difficulté à composer la photo en longue focale, impossibilité d'utiliser judicieusement des téléobjectifs supérieurs a 90 mm' deviennent caduques en photo numérique avec l'écran intégré.

Les appareils "bridge cameras" sorte de faux reflex, parce qu'ils autorisent en simultané visée directe et visée reflex, combinent donc le meilleur des deux visées. Ils rejoignent en cela les camescopes avec leur viseur type reflex mais électronique et leur écran. Ils ne possèdent pas par contre la possibilité d'avoir des objectifs interchangeables.

Les appareils reflex numériques, à viseur optique, se caractérisent par la possibilité de recevoir différents objectifs. Mais l'image est toujours visualisée à travers le viseur (et l'objectif) et n'est pas disponible simultanément sur un écran de contrôle arrière (excepté l'ancien Olympus E10). De ce fait le cadrage ne peut se faire qu'à hauteur d'oeil et il faut attendre le déclenchement pour visualiser la photo prise.
Enfin excepté pour les modèles pro assez onéreux, les reflex numériques "amateur" ont un viseur qui reproduit de 92 à 95% de l'image enregistrée. De ce fait ces appareils sont moins précis que les compact numériques grand public.

On peut seulement regretter que la visée directe le soit souvent à travers un écran. En effet en photo argentique il y a une "manière de cadrer liée à la visée directe". Sur le dépoli du reflex, l'image cadrée de noir et affectée par le passage à travers l'objectif semble déjà extraite de la réalité.
En photo numérique, le passage par le capteur CCD et/ou le passage à travers l'objectif introduit une distorsion par rapport à la réalité.

3 Du cliché numérique une information banalisée

La prise de vue argentique impose naturellement la notion de séquence en photo, séquence qui se traduit physiquement par la succession des vues sur le négatif. Le négatif constitue la matrice à partir de laquelle sont effectués les tirages.
La prise de vue numérique génère un fichier numérique par photo. Ce fichier numérique peut être dupliqué, modifié sans aucune perte de qualité et sans qu'il soit possible de distinguer l'original de la copie.

Le fichier numérique perd sa qualité d'objet photographique pour devenir une information banalisée.

4 L'évolution du traitement de l'image, de son exploitation à sa conversion

La facilité d'utilisation de l'image numérique, sa duplication immédiate sans perte de qualité ne doivent pas masquer le fait que sa pérennité soit liée à celles des programmes permettant de la déchiffrer. En effet n'importe quel daguerréotype, vieux de plus de cent ans, peut encore aujourd'hui être immédiatement visualisé à l'œil nu et ensuite reproduit par agrandissement optique ou par numérisation. Il en va de même pour l'ensemble de l'image argentique : des négatifs miniatures du Minox aux plaques des chambres Linhof.

Aujourd'hui les fichiers numériques images sont stockés sous des formats informatiques nécessitant des logiciels spécifiques pour les lire. Si les fichiers jpeg, tiff et autres mpeg sont aujourd'hui reconnus par tous les logiciels, qui garantit que dans cinq, dix ou vingt ans, ces formats soient encore connus et qu'il existe des logiciels sachant les exploiter ?
Par exemple, le format CD Photo de Kodak, créé il y a juste quelques années, est maintenant réservé aux professionnels et est devenu marginal.

Je n'aborderai pas ici le problème de la vidéo amateur ou la pérennité des formats est encore plus problématique, y compris pour l'argentique. Difficile de visualiser des films en 8mm, Super 8 ou Super 8 sonore, demain difficile pour les cassettes vidéo en VHS-C, Video 8, Hi 8, Digital 8 ou DV faute de matériels capables de relire bobines et cassettes. et sans doute impossible pour un format comme le Micro MV de Sony qui n'aura duré que trois ans avec des ventes confidentielles.

La seule solution semble être de toujours choisir un format d'images largement répandu quitte à transférer / convertir ses images assez souvent, en essayant de ne pas perdre en qualité lors de ces transferts.
Le format RAW, issu du capteur et propre à chaque constructeur semble donc le format d'image le moins pérenne. Une sécurité élementaire est d'avoir la même image sauvegardée simultanément en RAW et en jpeg (ou en tiff non destructif).

5 L'évolution de la photographie de reportage ou people et du statut du photographe

La photographie numérique permet au photographe de transmettre plus rapidement ses clichés, ceux ci sont rapidement sélectionnés en fonction des besoins de l'actualité. Les photos retenues sont diffusées largement et les autres sont détruites.
A la banalisation du support correspond la banalisation du contenu qui perd de son aura technique pour devenir une production comme les autres (écrites, infographiques ou vidéo). A ce titre, ce qui n'est pas vendue ou vendable peut être éliminé. Même si cette tentation existait dans le passé, le support non réutilisable et en séquence (la pellicule argentique) limitait cette pratique. Retrouverons nous dans trente ans des photos oubliées et non publiées d'un nouveau Lartigue ?
Combien de chef d'œuvres seront perdus suite aux défragmentations et nettoyages successifs des disques durs.
Lors de la guerre en Afghanistan, fin 20001, la plupart des images numériques étaient transmises directement aux agences de presse et diffusées dans le monde entier quelques heures après la prise de vue. Les reporters , ne pouvaient utiliser l’argentique que pour un traitement en profondeur du sujet. L’acheminement des pellicules exposées prenant plusieurs jours. Certains appareils pro possèdent des possibilités de connexion informatiques (WiFi ou GPRS) pour envoi immédiat des images à l’agence. Celle ci fait une sélection et s’occupe de la vente alors que le photographe est encore sur le lieu de l’événement.
Cette évolution rendue possible, accélérée, par le numérique tend à définir le photographe comme l’un des maillons de la chaîne, la personne chargée de la sélection à l’agence ou les commanditaires complétant cette chaîne.
Ceci peut en partie expliquer pourquoi le statut de photographe est actuellement fortement remis en question avec à la clef le fait de banaliser et salarier cette profession avec en contre partie la perte des droits d’auteurs sur les photos prises. Pour certaines agences, on passe de l’artisanat à une chaîne de production et logistique complète et performante.

6 Vers de nouvelles images

Pour terminer, la technique ne limite maintenant plus la prise de photos ou d'images. La séparation entre photo statique et séquence animée (film) devient de plus en plus ténue. 
L'abaissement du prix des matériels et le quasi coût nul des images va sans doute faire surgir de nouveaux reporters là ou aujourd'hui rien n'existe. A eux d'inventer les nouvelles règles.

pierre j.


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Créé le 2 juin 2000, mise à jour le 15 septembre 2004
v 1.2 © Pierre J.